mercredi 15 juillet 2026 à 21:00

Récital Jacques Dor

Église Notre-Dame de St Calais

plein tarif : 19€

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Récital Jacques Dor

Artistes

Jacques Dor

Jacques Dor

Programme

BACH - Partita n°1, en si bémol majeur BWV 825 (1726)

  • I - Praeludium
  • II - Allemande
  • III - Courante
  • IV - Sarabande
  • V - Menuets 1 & 2
  • VI - Gigue

LISZT - Mephisto valse (1859-62)

BARTÓK - Suite op.14 (1916)

  • I - Allegretto
  • II - Scherzo
  • III - Allegro molto
  • IV - Sostenuto

LECLÈRE - Miniatures pour l'Aube (2015)

  • I - Aurore
  • II - Horizon, ligne d'aurore

BEETHOVEN - Sonate n°26 'les Adieux', en mi bémol majeur

  • I - Les adieux
  • II - L'absence
  • III - Le retour

BACH - Concerto italien, en fa majeur BWV 971 (1735)

  • I - [Allegro]
  • II - Andante
  • III - Presto

Ce récital propose un parcours d’une ampleur remarquable, à travers trois siècles de musique pour piano. De Bach à Beethoven, de Liszt à Bartók, jusqu’à une page contemporaine de François Leclère, le programme fait dialoguer la rigueur de la forme, l’élan dramatique, la virtuosité et l’invention sonore. Il dessine aussi un portrait du piano dans toute sa richesse : instrument de danse, de théâtre, de méditation, de feu et de récit.

La Partita n°1 en si bémol majeur de Johann Sebastian Bach ouvre le concert sous le signe de l’équilibre et de la clarté. Publiée séparément en 1726, puis intégrée en 1731 au premier volume de la Clavier-Übung, elle est la première des six Partitas que Bach destine au clavier. Comme souvent chez lui, l’œuvre prend appui sur une suite de danses héritées de la tradition baroque — allemande, courante, sarabande, menuets, gigue — mais les dépasse par une écriture d’une liberté et d’une densité exceptionnelles. Le Praeludium initial installe une lumière vive et élégante ; l’Allemande et la Courante font entendre un art raffiné de la ligne ; la Sarabande suspend le temps dans une gravité tendre ; les deux Menuets apportent une grâce plus familière, avant que la Gigue finale ne referme l’ensemble dans un mouvement bondissant et jubilatoire.

Avec la Mephisto-Valse de Liszt, le climat change brutalement. Nous quittons l’architecture limpide de Bach pour entrer dans un univers fantastique, fiévreux, presque halluciné. La première Mephisto-Walzer, composée entre 1859 et 1862, s’inspire d’un épisode du Faust de Nikolaus Lenau : Méphistophélès entraîne Faust dans une auberge villageoise, s’empare du violon d’un musicien et déclenche une danse de séduction de plus en plus vertigineuse. Au piano, Liszt transforme cette scène en une fresque d’une virtuosité redoutable : rythmes de valse déformés, éclats diaboliques, élans passionnés, murmures sensuels et brusques changements de lumière. C’est une pièce de théâtre sans paroles, où le piano devient tour à tour orchestre, danseur, conteur et démon.

La Suite op. 14 de Bartók nous conduit ensuite dans un tout autre monde sonore. Composée en 1916, publiée en 1918 et créée par Bartók lui-même à Budapest en 1919, cette œuvre brève en quatre mouvements occupe une place importante dans son répertoire pour piano. Elle ne cite pas directement de mélodies populaires, mais elle en conserve l’énergie rythmique, les accents rugueux, les modes de jeu incisifs et une manière très personnelle de faire sonner l’instrument. L’Allegretto initial avance avec une netteté presque sèche ; le Scherzo fait surgir une vitalité plus nerveuse ; l’Allegro molto pousse cette tension vers une forme de danse mécanique et percussive. Le Sostenuto final, plus dépouillé, ouvre soudain un espace intérieur plus grave, presque immobile. En quelques minutes, Bartók fait entendre un piano moderne, débarrassé de tout décor romantique, mais d’une puissance expressive saisissante.

Les Miniatures pour l’Aube de François Leclère introduisent dans ce programme un moment de découverte. Les deux titres — Aurore puis Horizon, ligne d’aurore — évoquent une musique tournée vers l’apparition, la naissance progressive de la lumière, peut-être aussi vers cet instant fragile où les formes émergent avant de se fixer. La présence de ces pièces donne au récital une dimension plus personnelle encore, puisqu’il s’agit d’une œuvre inédite du professeur de composition de Jacques Dor.

La Sonate n°26 de Beethoven, dite Les Adieux, apporte ensuite au programme sa dimension la plus narrative. Composée en 1809-1810, elle est liée au départ de l’archiduc Rodolphe, élève, ami et protecteur de Beethoven, contraint de quitter Vienne lors de l’offensive napoléonienne. Beethoven donne à chacun des trois mouvements un titre explicite : Les Adieux, L’Absence, Le Retour. Dès les trois premiers accords, il inscrit dans la musique les syllabes allemandes « Le-be-wohl », comme un adieu adressé non à une foule, mais à une personne chère. Le premier mouvement mêle tendresse, inquiétude et agitation intérieure ; le deuxième, plus bref, installe un climat d’attente douloureuse ; le finale surgit alors comme une libération, emporté par l’élan joyeux des retrouvailles. Rarement Beethoven aura donné à une sonate un déroulement aussi clairement humain, presque théâtral, sans jamais renoncer à la profondeur de son langage.

Le récital se referme avec le Concerto italien de Bach, autre sommet du répertoire pour clavier. Publié en 1735 dans la deuxième partie de la Clavier-Übung, il transpose sur le clavier l’esprit du concerto italien, avec ses contrastes entre soliste et orchestre, ses effets de masses sonores et son énergie théâtrale. L’Allegro initial fait entendre une musique lumineuse, rythmée, presque orchestrale ; l’Andante central déploie une longue ligne chantante au-dessus d’un accompagnement régulier, comme une aria sans paroles ; le Presto final emporte l’ensemble dans une virtuosité claire, joyeuse et irrésistible. Après les tourments de Liszt, les angles de Bartók et le récit beethovénien, ce retour à Bach prend la valeur d’un accomplissement : une musique à la fois savante et immédiatement vivante, où l’intelligence de la forme devient pur plaisir d’écoute.

À travers ce programme, Jacques Dor propose bien davantage qu’un récital de piano : un voyage personnel à travers les œuvres, les filiations et les affinités qui nourrissent une vie de musicien. Pour le festival qu’il a contribué à faire naître et grandir, ce concert prend ainsi une résonance particulière, entre transmission, découverte et partage avec le public.

Église Notre-Dame de St Calais

Pl. du Cardinal Dubois

72120 Saint-Calais

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